đĄ
Du vent au moulin
Actuellement en LozĂšre sur le Causse MĂ©jean jâai eu la chance de voir
-des primevĂšres en vrai (je ne les connaissais quâen peinture, citadin que je suis, notamment la trĂšs belle gouache de DĂŒrer )
-un chardonneret (chaque fois plus petit que dans mon souvenir cette
bestiole) et mĂȘme un bouvreuil pivoine
-un moulin Ă vent en vrai (qui tourne et tout)
Il faut dire que le paysage est bien dĂ©gagĂ© et venteux, mĂȘme si Guiraudie en a dĂ©jĂ tirĂ© le meilleur la rĂ©gion investit beaucoup pour que lâadaptation de la Horde du Contrevent par Audiard se tourne ici. Il y a partout des petits tas de pierres, parfois des murs, donnant le sentiment dâune ruine trĂšs ancienne, en vĂ©ritĂ© câest le fruit du labeur de gĂ©nĂ©rations de cultivateurs qui ont, avec acharnement, dĂ©-pierrĂ© des parcelles pour obtenir une terre cultivable.
Le moulin, on le voit de loin dâabord, derriĂšre les arbres en haut dâune
colline, on distingue vaguement ses ailes, dĂ©jĂ le mouvement constant fascine. On se reconcentre sur la route. On est accueilli par quelques meules Ă la retraite couchĂ©es devant leur ancien maĂźtre; jâapprendrai quâelles sont en calcaire, puis le sympathique meunier, Guillaume Xueref, nous fait le tour du propriĂ©taire. Les farines, la rĂ©novation initiĂ©e par les habitants, les meules actuelles en silex, fiertĂ© française du XIXe, le bruit lointain des ailes qui tournent dangereusement et puis la fascination quand enfin je contourne le moulin et que je vois cette masse de bois revenir sans cesse de maniĂšre hypnotique. Le bruit, la puissance, pas Ă©tonnant que Don Quichotte ait perdu tous ses moyens devant eux.
Alors forcĂ©ment, on se projette. Je me dis que pour quelquâun de la Renaissance, ça devait ĂȘtre un sacrĂ© truc. Ce bruit. Ce mouvement. Cette force. Cette vitesse. Câest souvent tentant de se projeter dans la psychĂ© de ce temps et le mouvement qui suit est souvent celui de la mĂ©fiance. Que savons-nous de ce monde, de ces regards chargĂ©s par le divin et des valeurs tellement loin des nĂŽtres. Quâest-ce quâun moulin quand on a vĂ©cu un orage, vu une riviĂšre dĂ©chaĂźnĂ©e, entrevu un loup et aperçu la Vierge ou le diable.
Dâailleurs les images nous le disent, cet intĂ©rĂȘt ou ce dĂ©sintĂ©rĂȘt. Les moulins, Ă vent ou Ă eau , apparaissent dans les fonds des images et sont rĂ©servĂ©s Ă une poignĂ©e dâartistes. Ce qui ne rend pas pour autant leur prĂ©sence insignifiante. Ils sont souvent peu spectaculaires, loin dans le paysage. SuggĂ©rĂ©s par quelques coups de pinceau.
Le premier moulin Ă vent que je croise est dessinĂ©, il nous tourne le dos, Ă priori câest un moulin au toit tournant (la plupart de ceux que lâon croisera ultĂ©rieurement seront plutĂŽt des bĂątiments en bois tournant sur un axe). Il cohabite avec un moulin Ă eau en dessous et il accompagne les enfants de la Lune dans une sĂ©rie dâimages consacrĂ©e aux âenfantsâ de chaque planĂštes, comprendre des types de caractĂšres; il fait partie de la vie: dans cette image on nage, on pĂȘche, on arrache les dents. On croise dâailleurs les mĂȘmes activitĂ©s et un moulin Ă eau dans une gravure Italienne, elle aussi consacrĂ©e aux enfants de la Lune. DâaprĂšs le poĂšme qui lâaccompagne, Les enfants de la lune que dĂ©peint le Maitre du Livre de Raison sont instables, capricieux, indĂ©pendants, sous lâĂ©gide de cette planĂšte froide et humide, on trouvera des solitaires, parfois oisifs, des vagabonds, des magiciens, des chasseurs, des pĂȘcheurs, des nageurs et des meuniers. VoilĂ ce que vous devez comprendre si on vous traite de âfils de luneâ. Nos meuniers sont si oisifs quâon devra attendre longtemps pour voir un moulin habitĂ© dans les images, en attendant seule la bĂątisse est lĂ , mĂ©canique inhumaine.
Jâen croiserai ensuite chez Bosch, premier grand pourvoyeur de moulins nichĂ©s dans le paysage. Dans son adoration des mages, en trois traits, tout au fond de la Lithotomie ou opĂ©ration de pierre de Folie, bien plus rigolo que lâarrachage de dent, ou mĂȘme dans une crucifixion oĂč un donateur au premier plan arbore un beau pantalon Ă rayures (signe que ce dĂ©tail nâest pas toujours infamant). Dans cette derniĂšre, on peut-ĂȘtre tentĂ© de voir dans le moulin un lien formel avec la croix elle-mĂȘme comme le fait explicitement cette enluminure oĂč les ailes du moulin reproduisent en fractal la croix portĂ©e ou mĂȘme cet empilement de croix proches de moulins au fond dâun Jan Van Eyck perdu qui a influencĂ© du monde (il y en a un autre chez Van Eyck Ă©tonnamment glissĂ© sous un filet de sang, vĂ©ritable morceau de peinture qui dĂ©coupe la toile en trois points). Ici il faut faire preuve dâun peu de logique, reprenons la mĂ©taphore du pressoir mystique.
Vin = Sang du Christ
â
Crucifixion = Pressage de la vigne
â
Croix = pressoir
En reprenant ce mĂȘme cheminement et lâaide de cette image, complĂ©tez le schĂ©ma suivant:
Pain=Corps du Christ
â
Pain=Hostie [pain cartonneux en forme de piĂšce]=
farine
â
Crucifixion= âŠ
â
La croix= Moulin
Pour votre peine, je vous offre un petit passage du PĂšlerinage de la vie humaine, un poĂšme du XIVe siĂšcle de Guillaume de Deguilleville oĂč la CharitĂ© sĂšme le grain, la rĂ©colte, le bat et le passe au Moulin (spoiler le grain câest JĂ©sus).
Ă toi Guillaume:
Charite, quâas oui parler
Nâa pas granment et sermonner,
De ce pain ci la cause fu
Et par li controuve il fu.
Elle le grain en apporta
Du ciel en terre et le sema.
La terre ou sema, aree
Onc(ques) ne fu ne labouree,
Par chaleur de soleil i crut
Et par rousee qui i chut.
Charite engrangier le fist
Et en grange estrange le mist.
Pluseurs bateurs (la) le trouverent,
(Et) le batirent et vanerent.
Tant batu fu, tant vane fu
Que de la paille sevre fu,
Son vestement li fu oste
Si ques nu fu et desnue.
Au moulin apres porte fu
Et deguiseement moulu,
Quar aus balestes du moulin
Ou il nâavoit pas dras de lin
l fu moulu et esmie,
Quasse, trible et tourmente.
Ce moulin fait a vent estoit
Et au vent dâenvie mouloit.
(Et) non pour quant ce moulin moles
Avoit qui nâestoient (pas) moles,
Mole de susurration
Et mole de detraction
Aus quelles fu avant froissie
Quë aus balestes fust baillie.
On trouve mĂȘme, au revers dâun portement de Croix de Bosch, un petit enfant, (probablement JĂ©sus) en youpala, qui dans sa main tient une petite girouette qui semble parallĂšle Ă la croix portĂ©e sur le chemin la crucifixion au recto. Enfant, il avance dĂ©jĂ fiĂšrement vers son destin et les dangers quâil implique (rappelons que le youpala reprĂ©sente la premiĂšre cause de traumatisme crĂąnien chez les enfants de moins de 15 mois). Jâaime bien cette petite girouette, jâen ai quelques-unes sur la musĂ©e: parfois chez des saints enfants jouant, JĂ©sus en tĂȘte, dâautres chez des angelots.
Elles rejouent, en petit, la magie des ailes du moulin. Chez Bosch encore, on recroise une autre girouette juste Ă cĂŽtĂ© de son plus gros moulin, dans un bout du retable de la tentation dâAntoine: un monstre encapuchĂ© tournant le dos Ă un moulin Ă vent tient une girouette et avance en youpala de lâautre cĂŽtĂ© du retable, un enfant moquant le Christ tient le mĂȘme objet. Il y a une variation ludique, que jâai appelĂ© des âtoupies volantesâ que jâĂ©voquais dĂ©jĂ dans lâinfolettre sur les Ovnis (#10[đœ]); une hĂ©lice prĂȘte Ă sâenvoler, comme les merveilleux jouets Skydancers qui ont blessĂ© de nombreux enfants dans les annĂ©es 90 et qui symbolise peut-ĂȘtre, comme les chardonnerets fuyant les bras de JĂ©sus, lâĂąme prĂȘte Ă sâenvoler.
Mais revenons Ă nos moulins, on en trouve un autre dans le panneau droit du Jardin des DĂ©lices oĂč une avalanche de biens manufacturĂ©s tĂ©moigne de lâangoisse infernale de notre monde matĂ©riel, Bosch peint un moulin diabolique surement animĂ© âau vent dâenvieâ de Guillaume de Deguilleville (eh oui, fallait lire jusquâau bout). Dans le fond de lâenfer, en compagnie dâun moulin Ă eau tout aussi inquiĂ©tant, on dirait quâils broient les Ăąmes, Ă moins que, abandonnĂ© par le
meunier, ils aient pris feu.
Voilà une perspective plutÎt inquiétante pour un objet qui décuple la
force de travail. On pourrait presque voir comme ça tout nos moulins. Si je considĂšre ma collection, des quelques coups de pinceau dans les paysages de Bosch et Patinir, le moulin prend discrĂštement de lâampleur au XVIe. Dâimages en images, sa silhouette se rapproche dangereusement avant de devenir un sujet central dans la peinture hollandaise. Le moulin, câest le monde comme il va, pour reprendre la citation terrifiante de la fondation Pinault.
DĂ©jĂ , le Misanthrope de Bruegel (1568) se faisant voler le cĆur par le monde sâexclame, comme un jeune gothique dĂ©sabusĂ© :
« Parce que le monde est si perfide / Pour cela je vais dans le deuil »
Dans le fond de lâimage, un moulin pour ce monde qui vient et, pire encore, dans la gravure dâaprĂšs cette image Johannes Wierix a cru bon de faire grossir le moulin qui est presque trois fois plus grand. (il a aussi ajoutĂ© des paysans qui se font rançonner). Le moulin est aussi lâessieu central du fabuleux portement de Croix de Bruegel (1564), toutes les figures terribles prises dans le mouvement tournant de lâimage pleine de rouages: les roues mortifĂšres et leurs corbeaux, la ronde qui se tient Ă distance du calvaire Ă venir dans le fond de lâimage, la plateforme du moulin et la terrible procession qui courbe notre regard, toute une mĂ©canique qui fait presque disparaĂźtre le sujet, perdu au centre du mĂ©canisme. Parmi la foule des personnages, on distingue aussi, au premier plan,un colporteur de dos. Sur son sac, des peaux tendues comme les ailes du moulin et une cuillĂšre en bois. Michael Gibson imagine quâil pourrait Ă©voquer le protestantisme qui faisait alors son chemin par des voix vagabondes et contemplerait la terrible machinerie, toisant le meunier qui lui fait face; la pierre creuse et son moulin comme lâĂ©glise de Rome qui sonne creux. Le moulin a pris place et domine la scĂšne tandis que le Christ est devenu invisible, petite figure planquĂ©e. VĂ©ritable oĂč est Charlie au milieu de la foule. Ă moins que ce moulin ne soit un symbole des Flandres, dressĂ©es fiĂšrement contre les soldats occupants espagnols, en rouge, qui ponctuent la procession ou que le meunier soit une variation plus rĂ©aliste de tous les Dieux. le pĂšre qui zonent dans les nuages de nombreuses images, voyant se mettre en place la mĂ©canique toujours recommencĂ©e du Nouveau Testament.
A la fin du Moyen Ăge dĂ©jĂ , le meunier est un genre de petit seigneur. le moulin Ă vent dĂ©barque dans un univers juridique qui nâa pas anticipĂ© sa venue. Comme tout bon Start-Upper, il va sâagir de tirer le meilleur de ce vide:
certains seigneurs chercheront Ă taxer le vent comme il le faisait pour les moulins Ă eau, pas de chance, en latin ça se dit Spiritus, compliquĂ© dâen ĂȘtre propriĂ©taire (cette question et bien dâautres, se posent dans ce rĂ©jouissant Ă©pisode du Cours de lâHistoire). Peut-ĂȘtre que sa machine lui laisse trop dâoisivetĂ©, comme semblent lâannoncer les enfants de la lune du MaĂźtre du Livre de Raison (toute relative, cette oisivetĂ©, Guillaume Xueref me rappelant quâentre autres surprises, deux meules qui tournent trop vite pouvaient dĂ©clencher un feu). âMeunier tu dorsâ, comme dit la chanson.
Ni noble, ni clerc, le meunier est roturier par son travail, mais sa
connaissance de la nature, ses prĂ©visions mĂ©tĂ©orologiques, sa maĂźtrise de la technique en font un personnage peu commun : ce rationaliste soucieux dâinstruction ne serait-il pas un peu magicien, ou sorcier ? Il fait bien partie du peuple mais il aspire au progrĂšs et Ă lâascension sociale.Claude Rivals
Câest dâailleurs aussi le mĂ©tier de MĂ©nocchio, meunier du Frioul, hĂ©ros du livre de Carlo Ginzburg Le Fromage et les Vers qui raconte grĂące Ă ses diffĂ©rents procĂšs la cosmogonie que sâest imaginĂ©, entre lectures et discussions, ce meunier qui pensait, entre autres, que la vie est apparue du chaos comme les vers apparaissent dans le fromage. Sans oublier le papa de Rembrandt qui Ă©tait meunier.
Puisquâon parle des oisifs qui pensent trop, faisons un dĂ©tour par la
MĂ©lancolie de DĂŒrer, ça faisait longtemps. Gravure fameuse du maĂźtre de Nuremberg oĂč un ange se tient pensivement la tĂȘte depuis 1514. Parmi les objets qui peuplent lâimage, moins infernaux que ceux de Bosch, objet du faiseur plus quâobjets manufacturĂ©s, pinces, creuset, rabot, compas; on trouve une meule justement posĂ©e lĂ . Chaise dâappoint pour un angelot peut-ĂȘtre assoupi. Ma collection en comporte quelques-unes, des meules, jamais utilisĂ©es Ă bon escient: il y a celles quâon accroche aux cous des saints pour les tuer, celle quâon croise dans lâApocalypse de DĂŒrer et qui se prĂ©pare Ă tomber sur Babylone et sa prostituĂ©:
MalheurâŻ! malheurâŻ! La grande ville, ouÌ se sont enrichis par son opulence
tous ceux qui ont des navires sur la mer, en une seule heure elle a eÌteÌ
deÌtruiteâŻ!
Il y a celles quâutilise saint Michel pour peser les Ăąmes, peut-ĂȘtre justement sous lâinfluence de la meule apocalyptique, et enfin, une qui est Ă sa place, ou presque: une vieille meule qui sert de devanture Ă un moulin Ă eau chez Bellini, exactement comme les meules Ă la retraite du moulin en LozĂšre. Il y aussi la meule de la concorde, gravĂ©e par Aldegrever en 1549.
Alors, câest quoi celle-lĂ ? La meule qui broie tout, qui met tout le monde dâaccord? La force qui sâexerce et qui suit son cours sans pitiĂ©? A-t-Elle quelque chose Ă voir avec un de mes rares moulins Ă vent italien, dans une misĂ©ricorde ?
Peut-ĂȘtre faut-il aller chercher dans les meules de Dieu (oui), une mĂ©taphore qui ne date pas dâhier
« Les meules des dieux tournent lentement, mais elles moulent finement »
aurait dit un poĂšte inconnu citĂ© par Sextus Empirius (entre le 1er et le 2e siĂšcle) et quâon recroise par exemple dans le poĂšme Retribution de Longfellow (au XIXe)
Though the mills of God grind slowly;
Yet they grind
exceeding small;
Though with patience He stands
waiting,
With exactness grinds He all.
Apparemment les protestants aimaient bien cette formule empruntĂ©e aux Adages de Ărasme en 1500. Ce serait cette meule que tient la concorde, celle qui finalement mettra tout le monde dâaccord ? A la fin, aprĂšs la RĂ©vĂ©lation (Apocalypse TMTC). Dâailleurs cette meule partage un dĂ©tail avec celle de
la MĂ©lancolie que certains copieurs (comme ce graveur qui a fait Ă madame MĂ©lancolie des bras de Popeye) nâont pas vu.
Vous lâavez ?
Elle a un âpĂšteâ, comme disent les bons nĂ©gociants et la qualitĂ© de la pierre a son importance dans la farine qui va sortir du moulin (il y a Ă©videmment une somme sur le sujet, Alain Belmont, La pierre Ă pain, si votre anniversaire approche). ArtifexInopere le souligne dans un Ă©niĂšme passionnant article, la meule de la MĂ©lancolie a probablement un dĂ©faut de fabrication, elle nâa certainement jamais pu servir, elle est mal taillĂ©e ma bonne dame et on retrouve le mĂȘme accro (Ă moins que ça ne soit la marque de lâusure du temps) dans la meule de
madame la concorde. Il faudrait se pencher sur toute la sĂ©rie pour en avoir le cĆur net: voir si la concorde tient une espĂšce de JĂ©rusalem CĂ©leste post-apo, ou si un sens plus Ă©vident mâa complĂštement Ă©chappĂ©. Cela dit, meunier consultĂ©, ce dĂ©faut nâa rien de rĂ©dhibitoire, peut-ĂȘtre que la meule de la MĂ©lancolie est avant tout inerte, sortie de son usage, Ă lâarrĂȘt, pensive comme tous les habitants de la gravure.
Pour revenir aux moulins, sur la musée ils finissent par apparaitre dans des portraits, et dans une gravure du Christ en bon berger, en 1560.
Le voleur ne vient que pour dĂ©rober, Ă©gorger et dĂ©truireâŻ; moi, je suis venu afin que les brebis aient la vie, et quâelles soient dans lâabondance.
Les moulins dĂ©cuplent la force de travail, ils participent Ă la fortune de la Hollande. Ils assĂšcheront les lacs, transformĂ©s en scieries ils permettront de crĂ©er en un temps record la flotte fantastique de nos protestants protocapitalistes (comme racontĂ©e dans ce documentaire fascinant), sans compter les rĂ©cits faisant Ă©tat dâun moulin transformant les vieilles femmes en jeunes filles, on peut TOUT faire avec un moulin (cela dit, nos fameux moulins scieries, sĂ»rement pas assez bucoliques, sont assez rares dans les estampes du XVII pourtant pas avares en moulin, Rembrandt en tĂȘte).
Et je nâai pas parlĂ© des moulins Ă eau, chez des Flamands comme Memling ou Joos van Cleve, mais aussi plus relativement prĂ©sents en Italie. Quoiquâil en soit ce qui mâa saisi dans ces moulins et leur importance grandissante au fil du XVIe câest ce sentiment dâun objet qui signale âlâoccupation du Mondeâ comme le dirait Sylvain Piron : dâabord discret, mĂ©taphore formelle et/ou sacrĂ©e, il prend de lâĂ©paisseur au fil des siĂšcles. Sa place dans les images en tĂ©moigne, quâelles cherchent Ă le dĂ©nigrer, sâen mĂ©fient ou que, au contraire, elles fassent de cette machine dont on ne montre presque jamais le conducteur, une alliĂ© voir un emblĂšme etâŠ
Bruit dans le fond scĂšne, entre en scĂšne Sigmund Freud, il sort un cigare de sa braguette quâil laisse ouverte et lâallume (le cigare)
Sigmund: Mais enfin ça ne va pas du tout, les moulins câest du cul
bon sang, le meunier grand sĂ©ducteur sur son temps libre, le loup qui mange lâĂąne pendant que Marion âembrasseâ (fait les guillemets avec ses doigts) le meunier dans la chanson et dans lâimaginaire comme un libertin voleur de femmes, le mouvement frĂ©nĂ©tique des ailes, la fĂ©conditĂ©, on a rĂ©ussi faire des liens obscĂšnes pour les coqs sur la tĂȘte (#13[đ]), pour les Ă©trilles (#6[đȘ„]), mais les moulins, non ?!
Tout le monde fixe le pĂšre de la psychanalyse, certains vĂ©rifient le programme: on pensait ĂȘtre dans une infolettre, pourquoi il y a des didascalies ?
Une voix: ne tâen fais pas Sigmund, dans un mois on va parler de
saucisses dans les images, tu devrais avoir ta dose de métaphores douteuses.
Hasard du calendrier, alors que finit ce texte le Monde consacre un article aux renouveaux du Moulin, Ă vent ou Ă eau. Et si vous en voulez encore plus, il y a un passage passionnant sur le Portement de Croix de Bruegel chez ArtifexInOpere, le mĂȘme vous offre aussi une lecture alchimique de la MĂ©lancolie de DĂŒrer et sa meule.
Merci Ă Charlotte Boulâch pour la relecture, Mathilde Colson pour le podcast, Guillaume Xueref pour le tour du moulin de la Borie, MaĂźtre Poulard pour le moulin qui transforme les femmes et Marie Descourtieux pour lâaccueil.
A dans un mois đ


